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dimanche 23 juin 2024

La hausse des cours du cacao ne bénéficie pas aux producteurs

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Le cours du cacao s’envole en bourse et fait monter le prix du chocolat, mais les producteurs n’en voient pas toujours la couleur, fait valoir Max Havelaar France, qui y voit un nouvel argument en faveur du commerce équitable.

Les consommateurs l’ont déjà constaté : le chocolat coûte jusqu’à 30 % de plus par rapport à l’an dernier, et cette tendance risque de s’accentuer. En cause ? Une explosion des cours du cacao sur les bourses internationales. Le cacao s’échange à plus de 7 000 $US la tonne à la Bourse de New York. Cette augmentation du prix s’explique par une chute de la production, en grande partie liée à de mauvaises conditions météorologiques et au changement climatique des dernières années dans les principaux pays producteurs (Côte d’Ivoire et Ghana notamment), mais aussi à des cultures en mauvaise santé ou vieillissantes. Ces prix très élevés pourraient être une bonne nouvelle pour celles et ceux qui cultivent le cacao, mais il y a peu de garanties que cette hausse arrive jusqu’au cultivateur. Sur les marchés internationaux, en effet, les prix montent et descendent très vite, sans garantie pour les producteurs de cacao. Depuis quelques années, les maladies qui touchent les cacaoyers dans les principales régions productrices d’Afrique de l’Ouest entraînent une baisse drastique de l’offre de cacao. Le cacao étant une commodité (produit essentiel et courant), les nouvelles sur la baisse de la production ont engendré une traditionnelle ruée des fonds spéculatifs sur la matière première, qui a accéléré et accentué encore plus la hausse du cours du cacao, selon les analystes.

Un système de fixation des prix inadapté
À l’autre bout de la chaîne, tous les producteurs de cacao ne bénéficient pas des cours internationaux élevés. Dans les deux plus grands pays producteurs, la Côte d’Ivoire et le Ghana, les systèmes de régulation du marché qui fixent le prix auquel le cacao doit être acheté pour toute la période de récoltes n’ont pas été conçus pour répondre à un marché en forte hausse. Ces prix sont définis entre douze et dix-huit mois avant les ventes. Ils ont été mis en place pour protéger les producteurs en cas de baisse des prix via un fonds de stabilisation mis en place par l’Initiative cacao Ghana-Côte d’Ivoire, mais le temps long de révision des prix n’a pas permis de suivre le mouvement des cours de la bourse à temps. « Il y a une très forte frustration des producteurs ivoiriens de ne pas pouvoir bénéficier de la hausse des cours du cacao. Le système de stabilisation, qui est en vigueur actuellement en Côte d’Ivoire, ne permet pas de rémunérer davantage les producteurs en cas de montée des prix », regrette Assata Doumbia, présidente de la coopérative de producteurs de cacao ECAM en Côte d’Ivoire.

La spéculation dénoncée
« Au-delà des apparences du moment, il nous semble essentiel de rappeler que la spéculation sur le marché du cacao est une des raisons qui alimente la précarité indécente dans laquelle vivent la majorité des cacaoculteurs. C’est pour cela que nous ne cessons pas de demander que l’industrie du chocolat s’engage à assurer un revenu décent aux agriculteurs. Cela est tout simplement un droit humain. Nous devons mettre fin au système qui permet à une poignée de tradeurs et de multinationales de s’enrichir grâce à la spéculation sur les matières premières sur le dos des producteurs », dénonce Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar France. En 2018, 52 % des producteurs ivoiriens vivent sous le seuil de pauvreté. En 2017, le cours s’était effondré de plus de 30 % par rapport à l’année précédente, et le prix s’était retrouvé autour de 1 900 $US la tonne sur les marchés.

Les avantages du commerce équitable du cacao
« Le modèle du commerce équitable, qui a fait ses preuves et offre des conditions de vie et de travail dignes, tout en luttant contre le travail des enfants, devrait être la norme pour cette filière », affirme Blaise Desbordes. « Le cycle ininterrompu de hausses et de baisses des prix sur les marchés n’est pas viable pour les producteurs. À l’inverse de l’incertitude des marchés, le commerce équitable permet aux producteurs de pérenniser la culture du cacao dans des conditions justes et durables. Le prix minimum garanti proposé aux producteurs engagés dans la filière du commerce équitable est de 2 400 $US la tonne, auquel s’ajoute une prime de développement de 240 $US la tonne gérée collectivement au sein des coopératives, qui permet d’optimiser les infrastructures de production et de transformation et d’améliorer le niveau de vie des communautés. Ce prix plancher joue son rôle pleinement quand les prix s’effondrent et protège donc les producteurs dans un marché marqué par la volatilité. Lorsque les prix sur le marché mondial dépassent le prix minimum garanti, les producteurs bénéficient du prix du marché et peuvent négocier. »

LA FILIÈRE CACAO ÉQUITABLE FAIRTRADE

• 457 347 producteurs dans 23 pays différents, représentant 417 organisations de producteurs.
• Plus de 700 000 tonnes de cacao équitable par an, dont seulement 33 % sont vendues aux conditions du commerce équitable Fairtrade/Max Havelaar.
• 50 millions d’euros de prime de développement reçus (en 2021) pour financer des projets de développement, notamment d’adaptation au changement climatique.

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