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mercredi 25 mai 2022

MA KINDY, UNE INNOVATION EDUCATIVE REUNIONNAISE

Une école privée internationale bilingue anglais-français associée à une résidence pour personnes âgées : unique en France, ce concept éducatif a été imaginé par Jade Amalou, qui fut enseignante et directrice d’établissement scolaire en Australie. Cinq ans après son ouverture, la première école Ma Kindy, à Saint-Gilles les Bains, a fait ses preuves et deux nouvelles écoles vont voir le jour à Saint-Denis et Saint-Pierre, à l’intérieur de deux autres EHPAD.

C’est un constat qui se confirme d’année en année en France et ailleurs : les lycées internationaux bilingues occupent les premières places dans les classements des meilleurs d’établissements scolaires. Aussi une innovation d’importance dans le domaine de l’éducation a-t-elle pris naissance à La Réunion avec l’école primaire bilingue Ma Kindy ? En tout cas, elle suscite l’intérêt bien au-delà de La Réunion. L’International Teacher Magazine, publication britannique en ligne valorisant les innovations en matière d’éducation à travers le monde, va prochainement lui consacrer un article. Logée à l’intérieur de la résidence pour personnes âgées Marie-Françoise Dupuis, au Mont Roquefeuille, l’école n’a rien de luxueux. C’est ce qui s’y passe qui mérite attention. Jade Amalou a transposé à la Réunion son expérience des classes bilingues d’enfants anglophones apprenant le français, acquise à Sydney, en Australie, comme enseignante et directrice d’école. De retour à La Réunion, elle a eu l’idée d’inverser le concept, à savoir un enseignement immersif en anglais d’enfants francophones (ou créolophones) appliquant le programme de l’International Baccalaureate (IB). Ma Kindy met en œuvre une pédagogie anglaise à travers le programme primaire de l’IB, tout en garantissant l’acquisition des savoirs du socle commun fixé par l’Education nationale. L’enseignement est à 70 % en anglais, 30 % en français. Avec l’IB, la logique d’apprentissage des compétences n’est plus celle l’enseignement traditionnel français sous forme de “cours”. L’enfant s’immerge ici dans l’anglais dans tous les actes de la vie quotidienne de l’école, il apprend ainsi en permanence. Et c’est autour d’un grand projet pédagogique thématique annuel (par exemple, la découverte des quatre éléments et des conséquences des catastrophes naturelles) que se structure l’enseignement. Guidés par leurs enseignants, les enfants acquièrent les compétences (apprentissage des langues, lecture, écriture, calcul, etc.) à travers les recherches dont ils ont besoin pour réaliser le projet.

Jade Amalou, fondatrice et directrice de l’école Ma Kindy

Un enseignement dynamique
Jade Amalou, fondatrice de l’école Ma Kindy : « Notre enseignement repose sur un projet éducatif annuel choisi et réalisé par les enfants et qu’ils présentent à la fin de l’année scolaire. Le projet thématique est au cœur de la pédagogie de l’IB. Le projet éducatif n’est pas seulement une application des compétences apprises par ailleurs, en classe, comme dans l’enseignement primaire français. C’est une autre manière d’acquérir les compétences. Les enfants apprennent en travaillant avec les enseignants, mais, de cette manière, ils apprennent aussi à apprendre par leurs recherches. L’enseignement dans les deux langues, et principalement en anglais, élargit leur horizon. Ce travail est très collaboratif avec les enfants et entre les enseignants. S’y greffent bien entendu les activités d’éveil : spectacles, théâtre, chanson, arts, piscines, sports… Avec cette approche, je pense que nous réunissons le meilleur des deux systèmes anglais et français. »

La proximité entre enfants et seniors : une des innovations de l’école Ma Kindy

Les personnes âgées, des auxiliaires utiles
L’autre innovation de Ma Kindy, c’est l’approche intergénérationnel au quotidien de l’enseignement et de l’école. Le partenariat de Ma Kindy avec la société de résidence seniors Mediaustral permet d’accoler l’école à un EHPAD. L’école se situe dans l’enceinte sécurisée de la résidence. Loin d’être gênés par le bruit que peuvent faire les enfants à certaines heures, les pensionnaires volontaires de l’EPHAD apprécient au contraire de participer à la vie scolaire : ils accompagnent les ateliers de couture, cuisine, photos, etc. A l’entrée dans la lecture, des personnes âgées lisent des textes aux enfants. Les anniversaires se fêtent ensemble. En retour, l’école apportent son animation à la résidence. Jusqu’à présent, cette contribution se fait spontanément. Jade Amalou réfléchit à une charte intergénérationnelle qui établirait de manière plus formelle les relations entre l’école et l’EHPAD. Si l’on s’en tient aux résultats des évaluations scolaires, Ma Kindy peut se prévaloir, à l’entrée en sixième, d’une certaine supériorité de ses élèves, dans toutes les matières, par rapport à la moyenne des élèves de l’école publique classique. Mais c’est dans la capacité d’apprentissage, l’ouverture d’esprit, que se situe aussi l’intérêt de l’IB.

Ma Kindy se lance dans l’enseignement secondaire
L’école Ma Kindy a un statut d’école privée hors contrat avec l’Education nationale. C’est une association à but non lucratif. Ne bénéficiant d’aucune aide, elle fait payer l’enseignement (10 000 euros l’année, à peu de choses de près le coût d’un élève de primaire de l’école publique). C’est une petite école : elle accueille 45 élèves à raison d’un enseignant(e) pour cinq enfants. L’école a peu communiqué, hormis sur les réseaux sociaux, et c’est surtout le bouche à oreille qui l’incite aujourd’hui à se développer pour se rapprocher de parents du Nord et du Sud de l’île. A la prochaine rentrée de septembre, deux nouveaux établissements Ma Kindy (sections maternelles et primaires) ouvrent dans l’enceinte de la résidence senior Léa à  Saint-Denis et dans celle de l’EHPAD intergénérationnel de Saint-Pierre. Quant à elle, l’école de Saint-Gilles les Bains étend son champ pédagogique à l’enseignement secondaire avec l’ouverture de classes de sixième et cinquième. L’objectif de Jade Amadou est, à terme, de pouvoir mettre en œuvre la totalité du programme de l’IB, jusqu’au baccalauréat international (reconnu en France et dans le monde). « Le bac international est le sésame pour poursuivre des études supérieures à travers le monde » fait valoir Jade Amalou.

Appel aux professionnels de l’éducation et de la petite enfance
Au sein de Ma Kindy, l’ouverture sur le monde de l’éducation internationale s’adresse également aux professionnels de l’éducation et de la petite enfance. L’école souhaite proposer plus d’opportunités d’emploi. Néanmoins les salaires de son personnel enseignant sont inférieurs à ceux de l’Education publique, c’est pourquoi le recrutement s’adresse aux passionnés d’éducation. Avec l’annonce de l’ouverture de deux écoles supplémentaires sur Saint-Denis et Saint-Pierre, Ma Kindy propose aux jeunes diplômés dans le domaine de l’éducation de développer leur savoir être ainsi que leurs connaissances, tout en obtenant des certifications en éducation internationale reconnues mondialement. Le travail en collaboration avec des enseignants internationaux certifiés favorise l’échange de compétences et de connaissances. « L’objectif de la structure, est de pouvoir participer à l’ouverture d’opportunités d’emploi pour les jeunes réunionnais. A l’école, nous les formons et les accompagnons afin qu’ils puissent être prêts à intégrer le marché global de l’emploi, dans notre école ou partout dans le monde » résume Jade Amalou.

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