Qui pour former les experts de demain ?

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Nous voyons déjà l’IA générative faire gagner un temps considérable sur des tâches autrefois confiées aux profils juniors : rechercher, synthétiser, rédiger, analyser, produire une première recommandation. Pour l’entreprise, le bénéfice est évident. Mais une question se pose désormais : que se passait-il exactement pendant tout ce temps que nous cherchons aujourd’hui à économiser ?

On cherchait. On hésitait. On se trompait. On demandait conseil à un collègue plus chevronné. On recommençait. Bref, on apprenait son métier. Une étude publiée début 2026, How AI Impacts Skill Formation, apporte sur ce point des résultats intéressants. Des chercheurs ont comparé l’apprentissage d’une nouvelle compétence de programmation avec et sans assistance de l’IA. Les participants qui déléguaient largement la tâche à l’IA pouvaient obtenir de meilleurs résultats immédiats, mais développaient une compréhension plus faible, notamment lorsqu’il fallait ensuite lire du code ou identifier une erreur. À l’inverse, certains usages de l’IA conservant un engagement cognitif permettaient de préserver l’apprentissage. L’enjeu tient donc moins à l’usage de l’IA qu’à la manière dont elle s’intègre dans le processus d’apprentissage.

Le sujet dépasse largement les développeurs
Un jeune commercial apprend aussi en préparant une proposition imparfaite que son manager corrige. Un communicant progresse en confrontant ses idées au terrain. Un comptable, un juriste ou un responsable RH construisent leur jugement en rencontrant des situations, y compris celles dans lesquelles ils se trompent. L’expertise n’est pas seulement la capacité à produire une bonne réponse : C’est aussi savoir pourquoi elle est bonne, reconnaître lorsqu’elle ne l’est pas, et savoir quoi faire lorsque le cas sort du cadre habituel. À La Réunion, où les entreprises évoquent déjà leurs difficultés à recruter certaines compétences, la question mérite d’être posée maintenant. Nous pouvons difficilement nous permettre de gagner en productivité aujourd’hui en fragilisant la montée en compétences de demain. Cela crée, selon moi, un nouvel enjeu managérial.

Anaïs Sery, ambassadrice IA en Outre-mer

Apprendre à apprendre à l’heure de l’IA
Il ne suffira plus de mettre des outils d’IA à disposition et de former les collaborateurs à leur utilisation : il faudra aussi décider quelles tâches peuvent être déléguées, lesquelles doivent rester des situations d’apprentissage et à quels moments un collaborateur doit se montrer capable d’expliquer, de vérifier ou de refaire sans assistance ce qu’il vient de produire. Pendant longtemps, travailler permettait presque mécaniquement d’accumuler de l’expérience. Avec l’IA, ce lien devient moins évident. Aux entreprises et aux managers de veiller à ne pas supprimer, au nom du temps gagné, tout ce qui permettait justement d’apprendre.

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