Réforme de l’entretien de parcours professionnel (EPP) : RH pas prêts, salariés dans le flou !

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Nous sommes à quelques mois de la date de mise en conformité des entreprises, prévue le 1er octobre 2026. Où en sont-elles ? Pour le savoir, Staff & Go, l’éditeur de logiciels RH français destiné aux TPE-PME, a interrogé 3 557 personnes – employés, DRH, responsables de la formation, etc. – afin de mesurer leurs connaissances.

Sans grande surprise, la réforme EPP est aujourd’hui largement identifiée par les professionnels des ressources humaines. En effet, 71 % en ont connaissance : 39 % disent la connaître « parfaitement », 67 % en connaissent au moins les grandes lignes. Cependant, 33 % restent au stade de la découverte ou d’une connaissance sans détails, révélant un réel besoin d’accompagnement pour en accélérer la mise en œuvre. Par le passé, seulement 19 % des RH réalisaient des entretiens professionnels tous les deux ans pour la totalité de leurs salariés ; 54 % ne le faisaient que partiellement, tout en reconnaissant une exécution insuffisante (33 %). Au total, un RH sur quatre n’atteignait pas le niveau de conformité actuellement demandé. La mise en conformité EPP est donc loin d’être finalisée : 61 % des RH n’ont pas démarré (19 %), ou sont encore en veille et en cadrage (42 %) ; seuls 21 % ont déjà un déploiement concret (16 % partiel, 5 % à l’échelle avec suivi outillé), et 18 % en cours.

Le CPF principal point de blocage

Parmi les thèmes obligatoires de l’EPP, le point le plus complexe pour les RH est nettement le compte personnel de formation : activation, abondements, conseil en évolution professionnelle (CEP). Il est cité par 32 % des répondants, devant les souhaits d’évolution (21 %) et l’analyse du parcours au regard des évolutions des métiers (19 %). Au total, 95 % ont encore des questions sur au moins un sujet, confirmant le besoin d’un cadrage.

La sécurisation des EPP

Les dispositifs les plus utilisés pour sécuriser l’EPP vis-à-vis de la réglementation reposent sur la standardisation et la preuve : trame unique (24 %), et compte-rendu signé/archivé (23 %). Néanmoins, la sécurisation reste incomplète : seuls 14 % disposent de tableaux de bord et d’alertes, tandis que 15 % n’ont encore rien de structuré. Pour une majorité des RH, la conformité EPP reste un sujet flou : si 54 % se disent « au clair » (23 % « très clair » et 31 % « assez clair »), 46 % n’ont à ce jour qu’une visibilité partielle sur les obligations et les risques.

L’outillage EPP perfectible

Fouad Savimili, cofondateur de Staff & Co.

Seuls 22 % des RH disposent d’un outil logiciel couvrant l’ensemble du process (convocation, compte-rendu, signature, traçabilité), tandis que 43 % fonctionnent encore sans solution pleinement intégrée (21 % via Word/Excel/e-mails, 13 % avec des outils en cours de déploiement, et 9 % avec des outils partiels ou non centralisés). Il est également intéressant de constater que 13 % sont en cours de déploiement ou de sélection. Les services RH disposant d’un outil développé en interne sont très minoritaires (seulement 23 %), contre une forte majorité (69 %) n’en possédant pas (et 8 % sont sans visibilité). Ce résultat confirme que la majorité des organisations dépendent d’outils du marché ou de solutions à déployer pour structurer et sécuriser l’EPP. Concernant les équipes RH non équipées, plus de deux services sur trois (68 %) envisagent de choisir un outil cette année : décision actée (12 %), étude des produits (29 %), appel d’offres (9 %), plutôt en fin d’année (18 %). Toutefois, 25 % n’en font pas une priorité pour 2026 (pour 14 %, pas cette année ; pour 11 %, pas à l’ordre du jour).

Du côté des salariés, la réforme reste un mystère

53 % ne la connaissent pas ou « ne sont pas sûrs », dont 35 % « pas du tout ».
Ces chiffres soulignent l’urgence d’une meilleure diffusion de l’information et d’un accompagnement outillé. En effet, la perception de l’EPP diverge fortement entre les services RH et les salariés : si 48 % des RH le voient comme un dispositif positif (23 % comme un vrai levier, 25 % comme un moment utile), les salariés sont seulement 22 % à partager cette vision. À l’inverse, les salariés sont deux fois plus nombreux à y voir une sorte de rituel ou une contrainte, et 21 % conditionnent son utilité à un suivi concret. L’enjeu est donc clairement l’exécution et la traçabilité derrière l’entretien.

Méthodologie

Enquête réalisée du 19 au 25 février 2026 auprès de 3 557 personnes âgées d’au moins 18 ans et réparties sur l’ensemble du territoire français. Sondage national effectué en ligne sur le panel BuzzPress France (27 700 personnes).

L’éclairage

Cécile Derouin, avocate, fondatrice de l’Académie RH
« Même s’ils ne me surprennent guère, les résultats de ce sondage m’inquiètent. On mesure l’ampleur du risque juridique qui se profile. Il faut rappeler que l’EPP n’est pas qu’un entretien professionnel amélioré : il s’agit d’un dispositif traçable, dont l’employeur devra être en mesure de démontrer la tenue et le contenu en cas de contentieux. Concrètement, l’absence de compte rendu, une signature manquante ou encore un suivi insuffisamment documenté peuvent rapidement placer l’entreprise en position de fragilité devant le conseil de prud’hommes. À cela s’ajoute un risque financier direct : un abondement du CPF de 3 000 euros par salarié lorsque l’employeur n’est pas en mesure de justifier de la réalisation de l’entretien et en l’absence de suivi d’une formation non obligatoire. Pour les PME, qui constituent l’essentiel du tissu économique français, le risque n’est donc pas théorique. »

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