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La Réunion
mercredi 29 juin 2022

LA NOUVELLE ECONOMIE : LOCALE, VISIONNAIRE ET VOLONTARISTE

Le meilleur point de vue sur le panorama de la nouvelle économie locale en gestation, c’est le Village by CA de la Réunion, « écosystème complet dédié à la création de business et d’innovation pour les jeunes entrepreneurs » proposant « un environnement à la pointe de la technologie ». Ouvert il y a quatre ans à l’initiative de la caisse régionale du Crédit Agricole, le Village by CA réunionnais a depuis ses débuts couvé et accéléré le développement d’une trentaine de jeunes pousses qui sont autant de facettes de cette nouvelle économie explorant les possibilités de l’échange collaboratif tout en posant un regard neuf sur les besoins du territoire. Sophie Dubernet, startup manager, en charge de l’accompagnement des entreprises accueillies au Village by CA, témoigne des enjeux de la nouvelle économie pour la Réunion, de la diversité des projets et de leur ancrage local.

Quel est le rôle du startup manager ?

Le startup manager intervient à deux niveaux. En amont, il participe à la prospection et la sélection des projets et des entrepreneurs pouvant être accompagnés. En aval, il est en charge de cet accompagnement, il veille au bon déroulement de leurs programmes d’accélération. J’ai intégré l’équipe du Village, il y a deux ans et demi. Je suis l’interlocutrice privilégiée des startups, ainsi que des mentors et experts qui interagissent avec elles. Je mobilise au fil de l’eau toutes les ressources dont les startups ont besoin pour réussir leur développement. C’est un accompagnement individualisé, sur mesure, qui s’appuie sur un diagnostic prenant en compte toutes les dimensions de l’entreprise, mais aussi le profil du dirigeant. Les mentors et experts sont sollicités en fonction des enjeux décelés par le diagnostic ou durant l’accompagnement. Je suis comme une coach, quelqu’un qui challenge les startups, qui rythme la progression et l’accélération de leurs projets.

Vous aidez des entreprises déjà créées ou naissantes ?

Au Village by CA Réunion, nous nous intéressons à des jeunes pousses qui ont déjà un premier projet, un premier produit et des premiers clients. Les startups que nous accompagnons, ont entre 0 et 5 ans d’existence, elles débutent leur commercialisation ou souhaitent accélérer leur croissance et être accompagné pour cela. A la Réunion, l’enjeu est double : s’assurer que les multiples projets d’entreprises innovantes passent le cap de la pérennité économique et une fois leur vision consolidée et leur modèle économique éprouvé, les aider à se structurer. Pour cela, nous les aidons à tester et définir leur proposition de valeur et leur business model tout en consolidant les fondamentaux de leur entreprise. Notre objectif est de favoriser l’accélération business et plus précisément leur passage à l’échelle de l’industrialisation de leur modèle économique, c’est tout l’enjeu des modèles scalables.

Combien de startups ont-elles été accueillies par le Village by CA de la Réunion depuis son ouverture en mars 2017 ?

Le Village by CA a accueilli et accompagné 37 startups. Elles sont 23 actuellement. Le Village accueille également en résidence, des entreprises innovantes plus matures ayant réussi leur développement comme Orika ou Datarocks, des experts, des acteurs du financement qui forment un pool de compétences et de mentors.

Une fois leur expertise testée et en contrepartie de pouvoir s’implanter, elles font bénéficier nos startups de leurs savoirs et expériences. Au total, ce sont donc 45 structures qui œuvrent quotidiennement au Village, soit 157 personnes.

Quelles sont les domaines d’activités représentés ? Epousent-ils des secteurs bien définis ou les startups innovent-elles justement par un périmètre d’action moins cloisonné, plus transversal ?

Les Villages by CA sont au nombre de 40 aujourd’hui, dont trois Outre-Mer, à la Réunion et aux Antilles. Certains Villages sont spécialisés dans des domaines d’activité, comme l’économie de la mer, ou le tourisme, mais la plupart sont, comme nous, généralistes. Notre dispositif reflète la diversité du tissu entrepreneurial réunionnais. Il se doit d’être le plus généraliste possible pour stimuler l’émulation, car la nouvelle économie a une dimension collaborative, mutualiste, qui vise à créer un cercle vertueux d’activités. Nous avons des startups dans une douzaine de secteurs : l’éducation, l’énergie, la fintech, le BTP, le marketing, la mobilité, les ressources humaines, les services à la personne, la santé, le tourisme… Au-delà de leur secteur d’activité, elles ont des modèles économiques qui peuvent s’apparenter au type d’économie qu’elles veulent promouvoir, comme l’économie circulaire, l’économie collaborative, l’économie sociale et solidaire…

On relie généralement startup, innovation et technologies, mais est-ce vraiment ce qui les caractérise ?

Les startups utilisent des technologies, mais bien souvent c’est le produit ou le service qu’elles proposent qui est innovant, non la technologie employée. Je prends l’exemple de Domissori qui, à travers un service de garde d’enfants à domicile, donne accès à des pédagogies alternatives, type Montessori, à des parents qui n’en ont pas les moyens. L’ambition de cette startup, c’est de démocratiser à la maison ces nouvelles formes d’éducation. Son projet n’est pas fondé à la base sur une technologie, en revanche elle va s’appuyer sur la technologie pour déployer son modèle, on parle d’innovation sociale. Pour nous, l’innovation technologique n’est pas l’unique critère d’éligibilité pour accompagner ou non une entreprise. Ce que nous recherchons, ce sont des modèles économiques originaux et scalable. La technologie – logiciels, applications, intelligence artificielle… –  facilite certes la scalabilité, mais même lorsqu’elle est au cœur du modèle d’une startup, elle reste un moyen et non une fin en soi.

Quel rapport la nouvelle économie entretient-elle avec le territoire réunionnais et ses besoins spécifiques ?

La nouvelle économie aide à répondre aux enjeux du territoire en apportant des solutions nouvelles. On reçoit de plus en plus de startups qui développent des solutions de mobilité, de gestion des déchets, de protection de l’environnement, de maîtrise de l’énergie qui sont des enjeux majeurs pour la Réunion… Elles ont cette agilité qui leur permet d’être en phase avec le terrain, de détecter plus vite les besoins émergents et de proposer rapidement des solutions opérationnelles. Aujourd’hui, nous n’avons pas de startups spécialisées dans l’agriculture. Dans le tourisme, nous n’en avons qu’une. Or il y a sûrement des choses qui existent ou à inventer dans ces deux secteurs clé de l’économie réunionnaise. L’un des enjeux pour les startups est de capter la clientèle locale pour créer de la valeur sur leur territoire. Ce que je constate plus généralement, c’est que toutes les innovations que je vois passer vont dans le sens de la nouvelle économie. Un autre enjeu pour les startups mais aussi pour le territoire, c’est leur interaction avec les grandes entreprises. Ce que nous appelons l’open innovation, qui est l’ADN du réseau des Villages. Le Village en lui-même est un éco-système conçu pour faciliter les interactions entre acteurs de l’ancienne et de la nouvelle économie. C’est ce que font les mentors et experts que nous accueillons en nous apportant leur plus-value d’expérience. Même chose pour les partenaires privés du Village.

Vous décrivez les contours d’une nouvelle économie qu’on peut presque qualifier de proximité. Pourtant les startups sont souvent associées à la mondialisation…

Avec le digital, la nouvelle économie démultiplie la rapidité des échanges, l’accessibilité aux marchés. Un entrepreneur à la Réunion peut toucher un marché en métropole ou ailleurs. Mais, pour moi, l’enjeu de demain sera davantage une nouvelle économie au service du local. C’est un point de vue personnel, mais c’est le constat que je fais par rapport aux projets que nous accompagnons. Beaucoup de startups sont au service du local et visent la mutualisation des échanges localement. Même celles qui ont un marché au-delà de la Réunion vont tester leur produit localement pour, dans une seconde phase, croître en hors de l’île. Elles laisseront sur place leur pôle R&D ou équipe technique, elles garderont un ancrage réunionnais et le valoriseront. Parmi les nouvelles formes économiques qui émergent, il y a par exemple l’économie de la fonctionnalité qui privilégie l’usage plutôt que la vente d’un produit, et s’inscrit de ce fait davantage dans le développement durable. Je pense que, pour se développer, la nouvelle économie aura besoin de créer des éco-systèmes locaux qui interagiront entre eux au service du territoire.

Faut-il voir dans les startups les grandes entreprises réunionnaises de demain ?

Il est difficile de répondre à cette question. A mon avis, la nouvelle économie ne va pas se substituer à l’économie traditionnelle. Nous allons plutôt vers une sorte d’hybridation entre ces nouveaux modèles et le fonctionnement des grandes entreprises classiques, qui donneront lieu à la la création de nouvelles entreprises. J’en reviens à cette notion d’open innovation. Elle est effective. On voit de plus en plus de partenariats se conclure. Des grandes entreprises investissent dans les startups, co-construisent des produits ensemble.

Quel est la place du commerce dans la nouvelle économie locale ?

Les startups font principalement de la vente de services. La plupart sont BtoB, moins BtoC. Néanmoins, il y a toujours un utilisateur final. Dans le cadre de l’accompagnement, nous travaillons beaucoup sur cette notion de bénéficiaire, utilisateur final, pour structurer la proposition de valeur et les bénéfices monétisables de la startup. Les modèles collaboratifs font évoluer et décloisonnent la relation classique entre clients et fournisseurs. Doctello, qui intervient dans la santé, améliore la relation entre patients et personnels de santé. Passerelle Services met en relation des artisans et des particuliers, mais aussi des artisans qui peuvent sous-traiter ensemble. Keylodge, une agence de location saisonnière, s’adresse autant à des propriétaires de biens qu’à des personnes cherchant des locations saisonnières. Domissori s’adresse aux parents mais aussi à des éducateurs qui se forment aux pédagogies alternatives. On retrouve souvent cette double cible des particuliers et des professionnels.

Comment les startups sont-elles perçues par le tissu économique local ?

Le tissu économique local me semble prudent. Dans la plupart des Villages, le niveau de maturité des relations est plus poussé, plus avancé entre partenaires privés et startups. Ici, il y a encore deux attitudes assez tranchées. Soit les entreprises classiques sont emballées, veulent en savoir plus et sont prêtes à collaborer avec les startups. Soit c’est l’inverse : les startups sont perçues avec méfiance, comme une concurrence supplémentaire. Il y a cette frilosité, la crainte de perdre des parts de marché à cause des startups. Mais les choses évoluent. La curiosité est là, c’est certain. Le Village en est la preuve. Nous avons 15 partenaires privés au Village, avec des entreprises comme Zeop ou le groupe Caillé, investies dans la gouvernance et présentes dès la phase de sélection. Et qui peuvent être des parrains pour les startups. Ces entreprises, parmi les plus importantes de la Réunion, s’intéressent à la nouvelle économie. Elles sont déjà dans cette approche collaborative.

Le Village by CA est-il représentatif de la nouvelle économie en train de se construire à la Réunion ?

Je pense qu’il l’est sur l’importance du social et de l’environnement dans la nouvelle économie réunionnaise. Les startups à impact représentent presque la moitié des entreprises que nous accompagnons. Représentative est aussi la capacité des startups locales d’adapter des modèles venus d’ailleurs aux spécificités de la Réunion, de s’en inspirer pour concevoir des modèles propres aux caractéristiques du territoire réunionnais.

Vous anticipez l’avenir ?

La prospective n’est pas une fonction à part entière du Village, mais nous sommes bien évidemment en veille sur les mutations en cours, tout comme les autres acteurs locaux de l’innovation, tels que Digital Réunion, Nexa, la communauté French Tech de la Réunion, ou encore comme nos partenaires privés. Nous devons capter les tendances pour pouvoir proposer les outils qui permettront de les faire émerger plus facilement. Plus il y aura de dispositifs d’accompagnement, plus il y aura de financeurs, plus il y aura d’entrepreneurs qui oseront se lancer.

La nouvelle économie aide à répondre aux besoins du territoire.

Les débuts d’une nouvelle dynamique territoriale

Porté par le Crédit Agricole depuis 2014, « le Village by CA est un réseau d’accélérateurs de startups qui s’appuie sur des écosystèmes d’innovation pour accompagner la transformation des entreprises en région ». La terminologie de « Village », et celle de « maire » qui désigne la direction générale de chaque structure, traduit cette approche territoriale qui fait du réseau des Villages by CA le premier dispositif français d’accélération de l’innovation. Les Villages sont au nombre de 40 (38 en France, un au Luxembourg et un en Italie). Grâce au réseau, une startup d’un Village peut être reçue et travailler dans les autres Villages en bénéficiant des mêmes services. Les Villages by CA sont des filiales du Crédit Agricole. Ils ont accompagné à ce jour 1 210 startups. Celui de la Réunion a vu le jour en 2017 sur le parc Technor. Il a intégré le bâtiment classé HQE (haute qualité environnementale) qui l’abrite en février 2020. Déployant 4 000 m2 de surface sur quatre niveaux autour d’un patio central, c’est l’un des plus importants du réseau. Le Village by CA Réunion est dirigé depuis sa création par Elisabeth Peguillan (maire), auparavant directrice de la Technopole de la Réunion.

Appel à candidatures Promo #11

Avis aux dirigeants et porteurs de projets qui souhaitent accélérer leur business, Le Village by CA Réunion vous accompagne pour atteindre vos objectifs. Vous avez un projet innovant ? Vous avez un produit ou service finalisé, un produit minimum viable ou une version béta ? Vous êtes sur un début de traction commerciale/marché vérifié ? Vous avez une ambition forte de croissance ? Et la volonté de créer de l’emploi sur notre territoire ? Avec un programme d’accompagnement sur-mesure jusqu’à trois ans, les entreprises accélérées et hébergées au Village by CA Réunion grandissent au cœur d’un environnement stimulant et ouvert sur le réseau national des Villages grâce à une équipe dédiée et un pôle de compétences à leur disposition. Candidatez jusqu’au 17 septembre 2021 sur ce lien : http://bit.ly/2nNIx3F. Le comité de sélection se tiendra début octobre et les jeunes pousses pourront intégrer ce lieu d’exception pour débuter leur accélération à partir de novembre.

Plus d’informations sur : www.reunion.levillagebyca.com

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