13.4 C
La Réunion
dimanche 27 novembre 2022

La fast fashion en accusation

Un nouveau rapport publié par la Changing Markets Foundation (CMF) met à nu la dépendance de l’industrie de la mode aux énergies fossiles et appelle l’UE à prendre des mesures législatives fortes.

Selon un nouveau rapport, l’industrie mondiale de la mode a développé une dangereuse dépendance vis-à-vis des fibres synthétiques, produites à partir d’énergies fossiles nocives pour l’environnement, comme le pétrole et le gaz, et ce afin d’alimenter son modèle économique reposant sur la fast fashion. Le rapport, Fossil Fashion: The Hidden Reliance of Fashion on Fossil Fuels (« La mode fossile : la dépendance cachée de la mode aux combustibles fossiles »), montre comment l’utilisation des fibres synthétiques, et plus particulièrement du polyester, a doublé au cours de ces vingt dernières années. Celle-ci devrait continuer de croître : elle pourrait représenter près des trois quarts de la production mondiale de fibres en 2030 et le polyester pourrait représenter 85 % de cette part.
Les textiles sont utilisés dans toutes sortes de produits tels que les vêtements, les chaussures, les tapis ou l’ameublement, mais le secteur de la mode représente 70 % du marché mondial en 2019. À l’heure actuelle, on trouve le polyester dans plus de la moitié de l’ensemble des textiles produits dans le monde. Alors qu’en 2015, l’empreinte carbone de la production de polyester représentait 700 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles du Mexique ou de 180 centrales électriques à charbon, on estime qu’elle devrait doubler d’ici à 2030.

Jusqu’à 20 collections par an !
L’industrie du pétrole et du gaz mise gros sur les plastiques, à partir desquels le polyester et les autres fibres synthétiques sont produits. En cause : la baisse des revenus provenant d’autres secteurs, tels que les transports ou l’énergie. La future croissance de la demande en pétrole devrait donc provenir majoritairement de la production de plastiques qui pourrait représenter, selon BP, jusqu’à 95 % de la demande. En outre, la production de fibres synthétiques devient de plus en plus polluante avec des matières premières issues du gaz obtenu par fracturation hydraulique, et le principal producteur de polyester chinois projette d’investir plusieurs milliards de dollars dans la fabrication de fils de polyester à partir du charbon.

Le rapport révèle également une corrélation frappante entre l’essor du polyester et l’explosion de la production de vêtements de mauvaise qualité et bon marché, qui provoque une crise du gaspillage qui ne cesse de s’aggraver. Certaines marques produisent jusqu’à 20 collections par an et la consommation mondiale de vêtements a augmenté de 60 % lors de ces 15 dernières années, tandis que leur durée de vie a été divisée par deux. Et la tendance devrait s’aggraver : avec 62 millions de tonnes à son actif en 2015, la production mondiale de l’industrie de la mode devrait encore grimper pour atteindre 102 millions de tonnes en 2030.

En France, 600 000 tonnes de vêtements jetés chaque année

Des études montrent que ces tendances vont à contre-courant des attentes des Français vis-à-vis du secteur. Une enquête de 2019 révèle notamment que près de neuf personnes sur dix (88 %) veulent des vêtements qui durent plus longtemps. L’industrie française de la mode constitue une part importante de l’économie du pays, représentant 2,7 % du PIB national. Le secteur totalise un chiffre d’affaires de 150 milliards d’euros et génère un million d’emplois. Alors que 2,6 milliards de vêtements et accessoires ont été commercialisés en 2017, soit un total de 624 000 tonnes ou 9,5 kilos par habitant, 600 000 tonnes de vêtements et accessoires sont jetés chaque année.

« Peu de consommateurs sont conscients du fait que la fast fashion est en réalité la ‘fossil fashion’. L’addiction des marques de mode au polyester bon marché et autres fibres dérivées du pétrole intervient à un moment où le monde délaisse progressivement les énergies fossiles. Mais au lieu d’abandonner les fibres synthétiques, qui constituent un désastre écologique, les marques veulent que vous pensiez qu’elles ont la situation bien en main et qu’elles peuvent continuer de produire toujours plus de vêtements » dénonce Urska Trunk, directrice de campagne de Changing Markets Foundation.

Credit : adobe stock

Des montagnes de déchets, des océans de microfibres

La dépendance aux fibres synthétiques et la consommation galopante de vêtements bon marché entraîne d’insoutenables quantités de déchets vestimentaires, sachant que 87 % des tissus utilisés pour fabriquer nos vêtements sont incinérés, envoyés dans des décharges ou jetés dans la nature. Lors de leur utilisation, lavage et élimination, les textiles synthétiques libèrent de minuscules fibres invisibles à l’œil nu. Ces « microfibres » ne sont pas biodégradables et resteront à jamais dans la nature. Par conséquent, on retrouve ces microfibres partout : dans l’Océan arctique, dans nos chaînes alimentaires, dans nos poumons et jusque dans nos estomacs. Les microfibres sont également présentes dans 80 % de l’eau du robinet et on en a même retrouvé dans le placenta des bébés à naître. Si nous ne connaissons pas encore toutes les conséquences de ces microfibres sur la santé, nous savons déjà qu’elles sont nocives pour les espèces marines et des études préliminaires ont montré qu’elles pouvaient perturber le développement pulmonaire.

Pour Muriel Papin, déléguée générale de No Plastic In My Sea, « ce rapport confirme nos avertissements sur les risques majeurs liés à la pollution des micro plastiques textiles. Depuis plusieurs années, nous invitons les consommateurs à choisir des fibres naturelles, malheureusement peu disponibles sur le marché. Plus globalement, le rapport montre l’urgence de réduire notre consommation de vêtements. »

Les auteurs du rapport

Changing Markets Foundation
Travailant avec des ONG partenaires sur des campagnes axées sur les marchés, elle se fixe pour  mission d’exposer les pratiques « irresponsables » des entreprises et amener des changements qui vont dans le sens d’une économie plus durable.

Plastic Soup Foundation
ONG basée à Amsterdam, dont l’objectif est de mettre fin à la pollution plastique à la source.

Zero Waste Alliance Ukraine
Association publique qui réunit des initiatives zéro déchet.

Clean Clothes Campaign
La campagne Clean Clothes est un réseau international d’organisations de défense des droits humains qui s’engage pour l’amélioration des conditions de travail et l’autonomie des personnels du secteur de l’habillement et des vêtements de sport à l’échelle du monde.

WeMoveEU
We Move.EU (Bougeons l’Europe) est une organisation indépendante qui a pour objectif de former une puissante force collective de citoyens en vue de transformer l’Europe et la rendre plus humaine, démocratique, équitable et durable.

No Plastic in my Sea
No Plastic in my Sea a pour objet de lutter contre la pollution plastique et ses conséquences sur l’écosystème marin.

 

- Publicité -spot_img

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici

- Publicité -spot_img

Derniers articles