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mardi 16 avril 2024

Vers un deuxième groupement d’exportation collaborative

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Alors que le premier groupement réunionnais d’exportation collaborative entre dans sa phase opérationnelle, un deuxième projet de groupement autour des compétences locales en bâti tropical se dessine. Dans le même temps, le Club export de La Réunion porte en 2024 son regard, au-delà de l’océan Indien, vers l’Afrique et l’Inde. Son président, Laurent Lemaître, commente la montée en puissance de l’organisme, de plus en plus sollicité.

Laurent LEMAITRE président du Club export

Leader Réunion : Il y a trois ans, le Club export et la Chambre de métiers et de l’artisanat lançaient le projet d’un groupement d’exportation collaborative réunissant des artisans de l’agroalimentaire. Ce groupement est aujourd’hui constitué sous la marque ombrelle Émotion intense, a taste of Reunion Island. Quelles sont les prochaines étapes ?

Laurent Lemaître : Le montage du groupement est aujourd’hui terminé. Dix entreprises le composent*. Une quinzaine avaient candidaté. Le groupement, la marque et le marketing autour de ce groupement, le catalogue, le site sont créés. Des distributeurs ont été identifiés. Le groupement a choisi d’exporter vers la Suisse et la Belgique. Nous allons maintenant lancer la commercialisation des produits. Bien qu’il comprenne deux PME, Chatel et Royal Bourbon Industries, ce premier groupement était destiné à des TPE de l’alimentaire. La difficulté était de mélanger des entreprises ayant des stratégies différentes, des contrainte la gestion de projet collectif. C’est une
nécessité pours financières différentes, qui pouvaient être concurrentes entre elles localement, de gérer dix chefs d’entreprise, dix égos différents. Il a fallu trouver une complémentarité entre des produits pour constituer une offre cohérente et satisfaisante pour toutes et tous. La priorité du groupement sera de conserver cette cohésion jusqu’à l’aboutissement du projet.

La Côte d’Ivoire (ici un quartier populaire d’Abidjan, la capitale économique) peut être intéressée par certains savoir-faire réunionnais.

Quels enseignements tirez-vous de cette première expérience ?

Le premier, c’est qu’il y a à La Réunion une demande, un besoin, un désir d’exporter de la part de petites, voire de très petites entreprises, qui ne savent pas comment s’y prendre. Au mieux, elles se groupent et créent des sites internet en commun, mais tout cela manque de structuration, de stratégie, de logistique, de commercialisation. Le groupement d’exportation collaborative est une forme de structuration et de professionnalisation, une des réponses à ce besoin. Le deuxième enseignement d’expérience, c’est que le Club export a dû lui-même se restructurer pour répondre à cette demande. Nous avons développé notre niveau d’expertise en conséquence, en intégrant de nouvelles compétences. Et ce n’est pas fini : nous prévoyons de nouvelles embauches pour renforcer nos compétences dans la gestion de projet collectif. C’est une nécessité pour nous de transformer le Club export : nous devons être capables de personnaliser notre accompagnement. Le premier groupement nous a appris qu’il était indispensable, pour réussir, de comprendre chacune des entreprises, avec leurs spécificités, leurs stratégies, leurs contraintes, leurs envies propres. Enfin, nous nous sommes rendu compte, avec ce premier groupement, que l’export est de plus en plus perçu comme une possibilité de diversification par des entreprises qui s’inquiètent de l’avenir économique de La Réunion. Toutes ces raisons font que de plus en plus d’entreprises sont demandeuses d’information sur tous les aspects de l’exportation : réglementation, prospection, marketing, commercialisation, logistique… Notre rôle est de répondre à toutes ces demandes.

Cette approche collaborative de l’exportation peut-elle répondre à d’autres besoins d’exportation réunionnais ?

Le secteur agroalimentaire n’est en effet pas le seul intéressé par cette démarche. Le secteur du bâti et de l’habitat tropical, par exemple, est en train de se positionner en sa faveur. Nous souhaitons, au Club export, lancer dès cette année un deuxième groupement d’exportation collaborative dans cet autre domaine d’expertise reconnu de La Réunion. Il s’agira cette fois de vendre des services et non plus des produits physiques. L’approche sera donc différente. Cet autre groupement va unir des PME aux savoir-faire complémentaires dans le but de répondre ensemble à une demande globale. Un projet de smart city, par exemple. Un tel projet repose sur une réflexion urbanistique touchant l’énergie, la mobilité, la logistique, l’habitat, etc. Un développeur de smart city aura besoin de faire appel à plusieurs expertises, à des ingénieurs, des urbanistes, des architectes ayant une vision de la ville. Nous avons cette spécialité à La Réunion. Nos savoir-faire, adaptés au contexte tropical, sont très développés dans ce domaine. Des bureaux d’études locaux interviennent déjà dans la zone et jusqu’en Afrique.

Le Club export s’implique fortement pour développer les échanges avec Madagascar. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Madagascar retrouve un intérêt auprès de beaucoup de chefs d’entreprise de La Réunion. Nous constatons une forte demande de la part d’entreprises réunionnaises, mais aussi d’entités parapubliques, d’être présentes là-bas. Pour Madagascar, le Club export a changé de stratégie. Nous ne cherchons plus seulement à montrer ce que nous faisons et à attendre que l’on vienne nous voir. Nous rencontrons les grands acteurs privés malgaches pour leur exposer nos compétences et leur proposer nos services. Cela correspond aussi à une attente de leur part, car ces grandes entreprises, ces conglomérats malgaches, qui sont très dynamiques, ont besoin pour se développer d’expertises qui leur manquent à Madagascar et que nous possédons à La Réunion. Il faut avoir conscience que la Grande Ile voit se créer et se développer des usines de niveau européen, dont l’objectif est d’exporter vers l’Europe. La question est donc : voulons-nous travailler avec ces acteurs ou entrer en concurrence avec eux sur les marchés européens ? Je pense qu’il est préférable de coopérer avec eux pour un développement commun.

Ce qui renvoie à cette notion de coopération économique régionale et aux échanges entre les îles. Les choses avancent-elles ?

Nous venons de parler de Madagascar. Avec Maurice, la volonté de coopérer existe au niveau politique, mais les relations économiques demeurent compliquées pour des raisons de protectionnisme. La Réunion a très peu de coopération économique avec l’île Maurice. Je pense que la meilleure voie sur le plan économique, avec Maurice, consisterait à développer des projets communs en Afrique. Nous possédons des complémentarités et une capacité d’unir nos forces pour aller sur les marchés africains. Ce qu’il faut comprendre, c’est que, si le Club export tient compte évidemment du contexte géopolitique, c’est avant tout une association d’entreprises. Sa vocation est de répondre à des demandes d’entreprises qui souhaitent exporter. Nous nous félicitons des avancées politiques de la coopération régionale, mais nous ne l’attendons pas pour agir.

Pensez-vous qu’une compagnie maritime régionale aiderait à développer ces échanges ?

Oui, mais tout dépend du modèle qu’elle aurait. S’agit-il de créer une compagnie maritime qui assurerait la liaison entre les îles ? Elle aiderait au développement des échanges interîles pour transporter des produits, par exemple entre La Réunion et Madagascar et inversement. Mais quel sera son business modèle, alors qu’il n’existe que très peu d’échanges entre nos îles. Le schéma de développement de La Réunion reste massivement tourné vers la métropole. Les Seychelles ont un lien très fort avec AAbu Dhabi, et Maurice avec l’Inde. Toutes ces îles, si proches les unes des autres, coopèrent finalement très peu. Je prends l’exemple des déchets : la réglementation européenne interdit aux opérateurs réunionnais de vendre des déchets à l’export. C’est pourquoi on ne peut pas développer de filière de traitement et de recyclage de déchets interîles. Chacun doit se débrouiller. Un autre modèle de compagnie maritime régionale est possible : elle relierait l’Hexagone à La Réunion, ce qui renforcerait la desserte réunionnaise et contribuerait à baisser le coût du transport maritime. Économiquement, cette solution serait plus rassurante, mais elle ne favoriserait pas les relations entre les îles. Ou alors, il faudrait un mix des deux : une compagnie assurant à la fois le lien avec l’Hexagone et le cabotage entre les îles. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un besoin.

La Région Réunion travaille à une marque territoriale. L’île a-t-elle besoin d’une image globale à faire valoir à l’extérieur ?

Clairement, oui. C’est même indispensable. En tant qu’entrepreneur, quand je suis en déplacement à l’étranger, trois fois sur quatre on me demande : « La Réunion, qu’est-ce que c’est, où ça se trouve ? » J’ai chaque fois l’impression de devoir me justifier des qualités et des compétences d’une île perdue au milieu de l’océan Indien, que peu de gens connaissent, alors que nous appartenons à l’Union européenne et que nos savoir-faire sont au niveau des meilleurs standards européens ! Ce n’est pas normal. Il faut donc développer une image de La Réunion perceptible par l’international. Elle servira aux chefs d’entreprise, mais aussi au tourisme, à l’attractivité de l’île en général.

* Arrangé Blard, Bananeraie Bio de Bourbon, Brasserie de l’Ouest, Calicoco, Chatel, La confiserie d’Émilie, La Part des Anges, Nature d’ici et d’ailleurs, Provanille, Royal Bourbon Industries.

LES TEMPS FORTS DU CLUB EXPORT EN 2024

AVRIL
Semaine française de Kinshasa. Organisée par la CCI franco-congolaise, cette nouvelle édition de la SFK, la huitième, sera consacrée aux leviers de croissance de la République démocratique du Congo. Le Club export fait pour la première fois le déplacement à Kinshasa, la capitale.

MAI
Madagascar. Le Club Export est de retour à Antananarivo pour une mission d’entreprises du 21 au 25 mai, à l’occasion de la Foire internationale de Madagascar 2024 (23-26 mai). Des opportunités à saisir dans les secteurs des énergies renouvelables, de la gestion des déchets, du BTP, du transport, des technologies de l’information.

JUIN
La Nuit de l’export. Le Club export fête le 13 juin ses vingt-cinq ans d’existence. Cette soirée sera placée sous le haut patronage du ministère du Commerce extérieur. Une belle reconnaissance, pour le Club Export, de son patient travail pour inciter les entreprises réunionnaises à exporter et leur ouvrir des pistes.

AOÛT
Comores. Un déplacement exploratoire (à confirmer), en préfiguration d’une éventuelle mission d’entreprises en lien avec les projets de développement comoriens.

SEPTEMBRE
Focus pays sur la Côte d’Ivoire et le Bénin. La Réunion n’est pas une terre entièrement inconnue en Côte d’Ivoire et au Bénin. Une délégation d’entrepreneurs de ces deux pays s’est déjà rendue à La Réunion.

OCTOBRE
Rwanda. Une mission d’approche répondant à une demande d’information sur La Réunion et ses savoir-faire. Un premier contact avec ce pays pour le Club export.

DÉCEMBRE
Focus pays sur l’Inde. Un focus qui aura été précédé d’une mission de découverte de l’Inde. Quoi, où, comment, quand : tout reste à faire sur le plan économique entre l’Inde et la minuscule Réunion. Une stratégie d’approche à définir.

La Foire internationale de Madagascar (FIM) 2023.

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